jeudi 22 octobre 2015

Le site de Cassinomagus dans l'expectative

La gestion de l’accueil et des visites pourrait être confiée à la CDC de Haute-Charente, en collaboration avec les Amis de Chassenon. Mais le parc fermé est dans le flou.
Fermé au public depuis le 21 septembre, le parc archéologique Cassinomagus de Chassenon ne sait pas comment il rouvrira au printemps prochain. Ni même s’il rouvrira
Fermé au public depuis le 21 septembre, le parc archéologique Cassinomagus de Chassenon ne sait pas comment il rouvrira au printemps prochain. Ni même s’il rouvrira
Fermé au public depuis le 21 septembre, Cassinomagus, le parc archéologique de Chassenon, ne sait pas comment il rouvrira au printemps prochain. Ni même s’il rouvrira, d’ailleurs, à ce moment-là.
Alors que le Département a mis en place un groupe de travail, constitué de membres de la majorité et de l’opposition sur l’avenir des thermes, François Bonneau, le président, a demandé à la communauté de communes (CDC) de Haute-Charente de s’impliquer davantage.
"Il nous a demandé de prendre en charge la gestion des visites et de l’accueil. C’est tout. Pas autre chose, indique Christian Faubert. ça nous paraît raisonnable en collaboration avec l’office de tourisme, les Amis de Chassenon..."
Mais avant de faire une proposition en conseil communautaire, le 30 octobre prochain si le travail est assez avancé, le président de Haute-Charente attend d’avoir quelques précisions. "On veut avoir des éléments chiffrés, savoir exactement où commence notre mission et où elle s’arrête."
Important d’un point de vue économique. "On se pose la question: est-ce qu’on est capable financièrement? Pour notre communauté de communes, ce serait un budget de fonctionnement supplémentaire. Mais ça vaut le coup de s’intéresser à la question."
Une structure tripartite en vue
Un président qui va devoir convaincre les élus de Haute-Charente, parmi lesquels certains se demandent pourquoi la communauté de communes devrait récupérer les pots cassés. Sans la participation de cette collectivité, en tout cas, l’avenir de Cassinomagus semble bien compromis.
"Une structure tripartite, c’est la solution qui me paraît la plus envisageable", indique Jean-Michel Teillon, le président des Amis de Chassenon, prêts à s’investir aux côtés de la CDC et de la commune de Chassenon. "Chacun pourrait y apporter son domaine de compétence et de connaissance", explique-t-il.
À la CDC et la commune: l’entretien du site. Aux Amis de Chassenon: la mise au point des parcours, la prise en charge des visites et des animations... "ça, on sait le faire, assure Jean-Michel Teillon. Pas une personne ne connaît mieux les thermes que nous ne les connaissons. Mais une association ne peut pas gérer seule ce site. Ce serait trop lourd."
Campagne "de dénigrement"
L’avenir est plus que flou pour le président des Amis de Chassenon. Seule certitude: "François Bonneau a une évidente volonté de se débarrasser du site. Et il est prêt à refiler le bébé à qui voudra bien s’en saisir", remarque-t-il, tout en déplorant la campagne "de dénigrement" du parc, menée par la nouvelle majorité.
"Dans la dernière livraison de Charente Mag, la majorité explique qu’elle a interrompu les travaux de couverture des thermes car ils étaient trop coûteux. 20 millions d’euros. Le chiffre est totalement faux. Les travaux de couverture et de scénographie sont évalués à un montant de 10,4 millions d’euros." "Mauvaise connaissance des dossiers ou grossière manipulation? interroge Jean-Michel Teillon. Peu importe, mais il faut que cesse le dénigrement de Chassenon, qui ruine les efforts de chacun pour la relance du site."
Une relance pour quand? ça non plus, ce n’est pas écrit. "On a fait des propositions d’ouverture à l’année, conclut Jean-Michel Teillon. On a aussi fait des propositions de visites. Aujourd’hui, c’est le conseil départemental qui a les clefs de l’affaire. Le problème, c’est qu’en attendant, on ne prépare rien."

(source :  http://www.charentelibre.fr/2015/10/20/le-site-de-cassinomagus-dans-l-expectative,2022943.php )

jeudi 15 octobre 2015

"La sépulture aristocratique de Warcq : une exceptionnelle tombe à char gauloise (Ardennes)"


(INRAP, 15 juillet 2014)

Une équipe mixte, composée d’archéologues de la cellule départementale d’archéologie des Ardennes et de l’Inrap, vient d’achever la fouille de la tombe aristocratique gauloise de Warcq (Ardennes). Sur prescription de l’État (Drac Champagne-Ardenne), ce chantier a été entrepris sur le tracé de l’autoroute A304, aménagé par la Dreal, entre Charleville-Mézières et Rocroi. Ce type de tombe aristocratique, contenant un char d’apparat ou de guerre, émerge dès le VIIe siècle avant notre ère et disparait avec la fin de la période gauloise. La Champagne-Ardenne est célèbre pour de telles pratiques funéraires, généralement datées du début du second âge du Fer (Ve-IVe siècles avant notre ère)

Le défunt, son char, ses chevaux et son riche mobilier …

Les vestiges mis au jour dans la tombe de Warcq s’avèrent aujourd’hui exceptionnels. La vaste chambre funéraire (5,50 x 2,80 m) est préservée sur plus d’un mètre d’épaisseur. Dans ce milieu humide, son coffrage et son plafond de bois se sont très bien conservés. Au cours du temps, ce dernier s’est directement effondré sur le sol de la chambre, le défunt et ses biens.

Le mobilier funéraire exhumé est d’une grande richesse. Il se compose d’un char à deux roues, d’apparat. Le véhicule est finement décoré, notamment de pièces de  bronze, parfois serties de pâte de verre bleu foncé ou jaune sur la caisse et les moyeux. D’autres objets de bois plus énigmatiques sont encore recouverts d’une fine feuille d’or.

Un des éléments les plus spectaculaires est l’inhumation de quatre chevaux : deux dans les angles sud-ouest et nord-ouest, deux à l’avant du char, sous le joug. Le défunt, probablement un homme, repose sur la caisse du char. Un exceptionnel collier d’or, probablement sur trame de cuir ou de bois, enserre encore son cou. Une fibule est liée à ses vêtements. Un fourreau d’épée ployé, une paire de forces et un rasoir en fer reposent à ses côtés.

Trois vases en céramique, entiers, ont été écrasés lors de l’effondrement du plafond de la chambre. Enfin, un cochon constitue une des offrandes alimentaires. Tout indique ici une mise en scène funéraire élaborée, très spectaculaire, dont certains aspects sont fort peu courants dans les tombes à char de Champagne. Tout d’abord, la présence de quatre chevaux, mais aussi celle d’un fourreau d’épée plié en deux, une pratique fréquente dans les sépultures celtiques d’Italie du Nord mais peu attestée en Gaule. De même, l’un des vases, de forme balustre, porte un décor géométrique, probablement réalisé à l’étain dont aucun équivalent n’a encore été reconnu en France. Enfin, et avant même d’en définir la chronologie précise, de nombreux indices permettent d’attribuer la tombe à char de Warcq à la fin du IIe siècle ou au début du Ier siècle avant notre ère (La Tène D1), période où ce mode d’inhumation a pratiquement disparu.

La cellule départementale d’Archéologie des Ardennes

Le Conseil général des Ardennes s’est doté d’une cellule départementale d’Archéologie pour réduire les délais d’intervention, diffuser et valoriser les découvertes auprès des Ardennais et pour la recherche et la diffusion à la communauté scientifique. Dotée de 6 agents permanents, elle a été agréée le 22 juin 2009 par le ministère de la Culture et de la Communication pour la réalisation des diagnostics sur le territoire départemental, et de fouilles gallo-romaines et médiévales. Cet agrément vient d’être renouvelé pour 5 ans à compter du 22 juin 2014. En cinq ans, la cellule départementale a réalisé 84 opérations de diagnostic pour une superficie de 458 hectares.

samedi 10 octobre 2015

Quand Poitiers s'appelait Limonum


http://www.inrap.fr/magazine/Quand-Poitiers-s-appelait-Limonum/Accueil#Quand%20Poitiers%20s%27appelait%20%3Ci%3ELimonum%3C/i%3E

mardi 11 août 2015

Un port antique caché dans le Clain à Naintré (Vienne)


A Naintré dans la Vienne, à quelques centaines de mètres à peine du site gallo-romain du Vieux Poitiers, une petite équipe d'archéologues et de plongeurs explorent des vestiges d'activité portuaire.


Les plongeurs quadrillent le fond de l'eau pour faire une carte précise des vestiges déblayés
Les plongeurs quadrillent le fond de l'eau pour faire une carte précise des vestiges déblayés
S'agit-il du dernier port en amont de la capitale des Pictons ? C'est possible.
Au Ier ou IIème siècle après Jésus-Christ, Naintré est une importante agglomération, située à la confluence du Clain et de la Vienne. Théâtre d'activités culturelles, cette ville, bien connue des historiens sous le nom de Vieux Poitiers, était-elle aussi une escale commerçante ? Cela fait partie des hypothèses des chercheurs. 
 
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Il s'agit de fouilles programmées, opérées par la DRAC de Poitou-Charentes. Après 2 campagnes de sondages, ayant permis de découvrir un morceau de statue et un colonne, 20 000 € ont été alloués à cette équipe.

Au terme de ces fouilles, de longs madriers de bois plongeant sous la berge et des caissons remplis de petites pierres laissent deviner la structure d'un quai (Cf schéma 3D). De nombreux éclats de poterie ont également été découverts, sous l'eau, et en profondeur, dans le sol. Les matières utilisées, les formes et le style des motifs gravés devraient permettre aux spécialistes de dater assez précisément leur époque.

Reconstitution en 3 D d'une partie des madriers déblayés dans le Clain
Reconstitution en 3 D d'une partie des madriers déblayés dans le Clain


Deuxième campagne de fouilles dans le sanctuaire gaulois de Roubion


Depuis le 15 juin dernier, des archéologues ont repris les fouilles dans ce site exceptionnel, pour faire parler les vieilles pierres. Le public est invité à le visiter ce jeudi matin.

© France 3 Cote d'Azur
© France 3 Cote d'Azur
La vue est imprenable : 360 degrés de  l'Ubaye, à  la Tinée, en passant par la frontière italienne. Au milieu du Mercantour sur la commune de Roubion au lieu-dit la Tournerie, il est un site archéologique remarquable, unique dans les Alpes du sud, objet de toutes les attentions des archéologues pour la deuxième saison consécutive.
© France 3 Côte d'Azur
© France 3 Côte d'Azur

Une aventure qui commence en 2011

Franck Suméra, conservateur en chef de la Direction des Affaires Culturelles Paca,  décide d'étudier des photos aériennes effectuées dans le secteur de la Tinée. Il  diagnostique une dizaine de sites qui présentent des caractéristiques de constructions de l'âge de fer, soit 500 ans avant notre ère. Mais c'est à Roubion, qu'il décide de concentrer les fouilles: il apparaît que cette plateforme de 450 m2 a tout l'air d'être un sanctuaire monumental  gaulois!

Une première campagne de fouilles en 2014

Le site est caractérisé par un réseau d'enceintes concentriques constituées de fossés qui délimitent une plate-forme d'environ 500 m².
il réservera bien des reprises aux archéologues.
Dans ce qui semble être l'entrée de la construction,  ils trouveront un crâne, tranché à l'épée, mais aussi un véritable trésor caché dans les murs: 41 pièces de bronze frappées à Massilia ( Marseille Antique) et une à l'effigie d'Athéna. Ils mettent aussi un jour un four à chaux de 5 mètres, qu'il faut forcément alimenter avec du bois. Il apparaît bien que les habitants du site ne font pas de l'élevage et qu'ils vivent là à l'année et qu'il s'agissait d'une société hiérarchisée.

De nombreuses questions en suspens

Combien y avait-il de  personnes dans cette  la communauté, comment s'organisaient les échanges avec Marseille à cette époque? C'est tout l'enjeu de cette nouvelle campagne de fouilles, organisée jusqu'à la fin du mois de juillet. Des professionnels , bénévoles, étudiants en archéologie se relaient pour déblayer les pierres et trouver des indices qui permettront de répondre à ces questions.

© France 3 Côte d'Azur
© France 3 Côte d'Azur
Cette campagne est financée par la Drac, le Conseil Départemental des Alpes-Maritimes, le Parc National du Mercantour et la ville de Roubion.
A terme, ce sanctuaire de l'âge de fer pourrait bien devenir une attraction touristique!

samedi 8 août 2015

Les dieux au Maillet

Avec la hache, le marteau est le premier outil fabriqué par l’homme, il y a plusieurs millénaires, pour transformer la matière. Simple pierre, à l’origine, il a évolué au cours du temps en s’enrichissant d’un manche qui lui communique sa dynamique de frappe, la masse en tombant, faisant un travail qui n’est contrôlé que par l’œil et la main de l’ouvrier : fermeté, patience et persévérance sont exigées, il n’y a donc pas de droit à l’erreur sous peine de recommencer l’ouvrage au départ.
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Dès l’aube des temps, l’homme fabriquant son premier galet aménagé devient le sorcier qui manipule la matière amorphe, à l’image d’un démiurge qui construit des mondes puisque toute création suppose au départ un artisan et la mise en œuvre d’une matière première. C’est le forgeron de la société antique, membre de la troisième fonction, celle des producteurs qui vient après celle des guerriers et celle des prêtres selon la répartition tripartite indo-européenne. Il sait transformer le fer en acier, et il travaille le métal avec le feu. On le craint et on le respecte : son art fait appel à des forces ténébreuses et sa pratique pourrait s’apparenter à une magie inférieure et à la sorcellerie, mais ne participe-t-il pas ainsi à une alchimie secrète, en alliant la terre, l’eau et le feu ? celle là même qui aboutit à l’ordonnancement du cosmos et à la naissance du monde ? Cela n’en fait pourtant pas un dieu puisque dans le panthéon celtique, la forge est l’attribution de l’irlandais Goibhniu (il forge les armes qui donneront la victoire aux Tuata Dé Danann sur les Fomoire lors de la deuxième bataille de Mag Tured), du gallois Gofannon, et du gaulois Gobnios, qui est lié à l’ Autre Monde.
C’est donc l’outil du forgeron mais il est aussi présent dans de nombreux métiers corporatifs et c’est notamment le sculpteur qui l’utilise, ainsi que le bâtisseur qui transmirent dit-on, dans l’art roman surtout, les connaissances druidiques traditionnelles des anciens celtes. C’est aussi une arme (si l’on voit, sur le Pilier des Nautes de Paris, Vulcain tenant le maillet à forme courbe de Sukellos, l’on y voit aussi Smertrios-Hercule brandissant sa massue contre un serpent) et il peut alors présenter l’image de la force brutale (plus tard Charles Martel en tirera son nom).
Dans cette société celtique, en se taillant une place prépondérante parmi les outils, le marteau, ou le maillet, ou même encore, par extension, la massue, deviennent un attribut des dieux (lesquels, dans ce cas, portent d’ordinaire la courte tunique à capuche des gens du peuple) et représentent souvent la classe productrice de l’abondance, de la sagesse populaire et du cycle des saisons. Car les divinités au maillet ont toutes une identité primordiale qui comprend l’aspect de la force brute, la notion de fécondité, de détenteur de la vie et du pouvoir de donner la mort ou de veiller sur les défunts. Par cela, elles assurent le renouvellement des cycles.
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Arguant de certaines analogies entre la religion des Etrusques et celle des Celtes, certains ont voulu voir dans les dieux au maillet les héritiers de Charon, le dieu étrusque de la mort dont on explique qu’il frappait les morts avec cette arme de la foudre pour leur permettre d’accéder à la « vie éternelle ». Sukellos, pourtant, pourrait bien être une divinité archaïque et syncrétique de la période ancienne du premier âge du Fer (750-650 av JC) et donc, à peu près contemporaine du dieu étrusque (ces analogies relevant plus, à mon sens, de l’ unicité de fond du paganisme) tandis que le marteau, lui, pourrait constituer l’héritage symbolique de la hallebarde des peintures rupestres protohistoriques.
Le maillet, souvent représenté sous la forme du Tau, est l’idéogramme du tonnerre, car le bruit de l’un fait penser au phénomène céleste qu’est l’autre. Si le maillet n’est jamais représenté comme l’attribut de Taranis, on sait pourtant que le nom de ce dieu du ciel et de la foudre signifie « le grondant » ou « le tonnant » et qu’il fut longtemps confondu avec Sukellos qui est lui même, en plus du marteau, parfois accompagné d’esses, d’une roue ou d’une foudre , c’est à dire aussi bien de signes tonnants que fulgurants (rappelons que les épithètes les plus courantes associées au nom du Jupiter romain sont « fulgur » et « tonnans ») Par ailleurs, ce rapprochement se fait encore plus étroit entre Taranis et le marteau quand on considère celui ci comme l’arme de la foudre, et donc du Feu divin (ainsi que, par extension, de l’Esprit).
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Avec la harpe et le chaudron, c’est la massue, si lourde que deux roues sont nécessaires pour la porter, qui figure parmi les attributs du Dagda irlandais, le « dieu bon » (qui pourrait être une préfiguration du « bon dieu » des chrétiens, passés maîtres dans l’art de la récupération ), le père du peuple, le premier dieu, l’Etre Absolu père des vivants et maître des morts. C’est un rustre ventru, goinfre et paillard qui se livre à de périodiques accouplements avec les déesses de la Terre, mais comme rien n’est jamais simple dans la mythologie celte il est aussi l’initiateur du chemin héroïque et spirituel qui mène vers la Lumière de la Connaissance. De la même manière que les Eléments, ces principes selon lesquels sont structurées les théories traditionnelles du monde, de la même manière donc que l’air, que le feu, que l’eau, que la terre peuvent apporter la vie mais aussi la mort, avec une extrémité de sa massue, le Dagda donne la mort, mais avec l’autre il donne aussi la vie. On songe ici à la massue d’Héraklès, au marteau de Thor, au Vazra du Mitra indo-iranien, au Vajra d’Indra, au Fulmen de Zeus, à la lance d’Achille ce qui souligne une fois de plus l’unicité de fond du paganisme antique et du monde indo-européen.
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Il y a bien sûr aussi le maillet du dieu gaulois correspondant au Dagda, Sukellos, « le bon frappeur » ou « celui qui frappe fort ». Dieu du monde visible et de l’Autre Monde à la fois, mais, donc et surtout, dieu du Passage (au Moyen Age et jusqu’au XIXe, on utilisait encore le « maillet de la bonne mort » quand un vieillard tardait à mourir en le posant sur son front pour faciliter son passage…). Lui aussi peut donner aussi bien la vie que la mort. Par la force de son coup, bien entendu, mais aussi plus symboliquement. En effet le maillet évoque les effets du tonnerre par l’impact de sa partie la plus large, tandis que l’autre bout, que tient la main du dieu, représente l’idée de fécondité, à la fois du fait de sa forme phallique, mais aussi parce que c’est après le coup de tonnerre que tombe du ciel la pluie fertilisante, fruit de l’union du ciel et de la terre, du dieu du ciel, de la pluie et de l’éclair et de la Grande Déesse, ou de la Terre-Mère, pour ensemencer la terre (nous voyons, ici encore, le rapport symbolique entre les morts et les semences).
D’ailleurs, il est intéressant de noter que comme une des compagnes du Dagda, la déesse Boann, qui est un aspect de la déesse Brigitt (la forge fait partie de ses attributions !) et qu’on assimile à la rivière Boyne, image de la vie en germe, la parèdre de Sukellos est Nantosuelta, déesse des sources et donc de vie et de fécondité, déesse mère en fait.
Notons aussi qu’on assimile parfois le Dagda à Gargan, divinité pré-celtique intégrée , dont l’attribut est aussi la massue et qui partage les sauvages appétits sexuels et gustatifs du « dieu bon » mais possède en même temps un rôle d’équilibreur des Forces de l’eau (donc toujours en rapport avec la vie et la mort). Comment alors ne pas penser au géant Gargantua, le personnage fabuleux de Rabelais, qui symbolise l’effort de ce qui est encore rustre et brut mais se dirigeant vers plus d’harmonie et de raffinement ? (c.f. Infra « ceux de Gargan »)
Le maillet, (mais c’est aussi valable pour le marteau, comme pour la massue) deviendrait ainsi outil initiatique. Certains détails nous l’avaient d’ailleurs déjà laissé supposer : les notions de manipulation d’une matière amorphe, d’alliance alchimique des Eléments, de fécondité, du pouvoir de donner la vie ou la mort, de chemin héroïque vers l’harmonie et la Lumière, d’équilibre de forces contradictoires enfin. Et pour corroborer le tout, on sait que comme arme du dieu du ciel, le maillet entretient symboliquement des rapports très étroits avec la foudre , or, Mircéa Eliade l’affirme, « dans toutes les mythologies, l’homme foudroyé est consacré ». Dans cette consécration, comment ne pourrait on pas alors voir « Initiation » ?

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A la lumière de tous ces faits, il semble évident que le maillet ait une valeur symbolique principale d’initiation et qu’il serve tout à la fois à tuer le « vieil homme » par un bout pour en construire un nouveau par l’autre. Car le but de toute réelle démarche initiatique est d’atteindre un état « supérieur » de conscience ou tout au moins « autre », de parvenir à l’ »accomplissement » , autrement dit de devenir complètement ce que l’on est.
Cet aspect est encore renforcé si l’on voit également dans le maillet un symbole axial et de verticalité ( notons au passage qu’il présente certains traits symboliques de la lance de Lug -« salmidanach » et donc forgeron, élevé lui même par un forgeron- et correspondra plus tard à la lance des contes du Graal). En tant qu’Axe du Monde, il réunit aussi bien la terre au Ciel, à l’image de l’Arbre dont on sait le riche symbolisme, que les trois mondes celtiques entre eux, et touche en son sommet à l’étoile polaire considérée comme centre de toute énergie, donc tout à la fois symbole de/et symbolisé par la grande Déesse de l’Origine. Il semblerait en l’occurrence qu’il s’agisse ici plus précisément du « clou de la Polaire » auquel toute la voûte céleste est accrochée : la tradition nordique considère que l’acte de marteler un clou (on retrouve le marteau, ou le maillet) correspond, à l’échelle microcosmique, à la fixation des énergies de la terre à l’« ombilic » ou « nombril du monde », donc à la base de l’axe. Symboliquement, le maillet/axe permet à l’homme d’occuper son Centre, point d’union des contradictions, afin de connaître sa place dans l’ordre cosmique (à ce stade de l’écriture de cet essai me vient une idée : si l’on considère la mort comme une initiation, ne serait-il pas possible d’interpréter dans ce sens le geste de Cuchulainn de s’appuyer contre un Menhir et de s’y attacher afin de mourir debout ?); il correspond aussi aux différents états de l’être et c’est le long de l’axe qu’on peut s’élever vers les états « supérieurs » .
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Le sujet est loin d’être clos et les interprétations sont peut être très subjectives. Mais le fait est que les mythologies et les symboliques païennes en général, et celtes en particulier, sont tellement riches que lorsqu’on veut leur appliquer un peu de réflexion, l’exploration d’une direction de pensée dirige immanquablement vers une autre direction, qui elle même revient sur et repart vers …etc. En fait, on ne sait jamais, quand on part de ce qu’on croit être un point précis, où on arrivera en définitive. Ou plutôt on sait qu’on s’arrêtera quelque part mais qu’on « n’arrivera » pas réellement à quelque chose de définitif, ce qui démontre bien l’absurdité des conceptions linéaires des choses (la réflexion, le temps, la vie, etc.). Conférer une interprétation arrêtée, stéréotypée, unique à un symbole particulier n’aurait pour résultat que de l’appauvrir et de le transformer en un simple signe et de nier toute la richesse de ses potentialités imaginaires. Ce serait aussi faire peu de cas de la sensibilité de chacun. La porte reste donc grande ouverte.
Bibliographie
Marcel Chassaing : Le Dieu au maillet. Imp.Rozé
J. Chevalier/A. Gheerbrant : Dictionnaire des symboles. Bouquins Laffont
J.J Hatt : Mythes et Dieux de la Gaule. Picard
Nigel Pennick : Magie du Nord. Pardès
J.P Persigout : Dictionnaire de mythologie celte. Du Rocher
Myriam Philibert : Les mythes préceltiques. Du Rocher
R.J Thibaud : Dictionnaire de Mythologie et de Symbolique Celte. Dervy
J.Marc Vivenza : Le dictionnaire de René Guénon. Mercure Dauphinois
Encyclopédie des symboles. La Pochothèque
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mardi 28 juillet 2015

Découverte d'une dent d'un hominidé datée de 550.000 ans sur le site de La Caune de l’Arago (Tautavel)

100 000 ans plus vieux que l’Homme de Tautavel… !  La Caune de l’Arago (à Tautavel, près de Perpignan) est un site préhistorique unique en Europe dont le rayonnement est international. Depuis plus d’un demi-siècle, les fouilles qui y sont organisées tous les ans (initiées par le Pr. de Lumley) ont livré 600 000 objets provenant de dépôts datés de 80 000 à 560 000 ans, témoins des modes de vie de groupes humains du Paléolithique inférieur au long des variations climatiques de cette longue période du Quaternaire. 


Arago 149 - Tautavel - dent agée de 550.000 ans - La Caune de l'Arago

Photos : Denis Dainat, EPCC-CERP Tautavel

Cette année, les niveaux les plus anciens en cours de fouille correspondent à une période froide, sèche, ventée, d’environ 560 000 ans, durant laquelle les chasseurs acheuléens ont abandonné dans la grotte les restes de leurs repas : chevaux, rennes, bisons, rhinocéros, mouflons... Ces niveaux d’occupation sont jonchés d’ossements d’animaux désarticulés, fracturés et de pierres taillées utilisées sur place.

Or, jeudi 23 juillet, c’est une dent humaine (le 149e reste d’hominidé découvert dans la grotte) qui est apparue parmi ces vestiges. Jusqu’à maintenant, l’occupant de la Caune de l’Arago, bien connu sous le nom de l’Homme de Tautavel (dont Arago 21 a révélé la face), avait surtout été mis au jour dans les dépôts sus-jacents, plus récents, notamment dans le sol G daté de 450 000 ans, correspondant également à un paysage steppique mais d’un épisode glaciaire plus récent.  Hormis la mandibule de Mauer, découverte en 1907 en Allemagne et datée autour de 600 000 ans, très peu de fossiles humains sont connus en Europe pour cette période.

Cette dent, une incisive centrale inférieure d’adulte très usée, permettra aux chercheurs du Centre Européen de Recherches Préhistoriques de Tautavel, via l’étude des caractères internes par imagerie 3D entre autres, de mieux caractériser la morphologie des premiers européens. De plus, sa présence, dans un niveau d’occupation très riche, dont le dégagement minutieux ne fait que commencer, laisse présager d’autres découvertes du même ordre. De quoi continuer à attirer les nombreux étudiants, français et étrangers, qui viennent chaque année participer bénévolement à ce chantier de fouilles.   

Le chantier de fouilles de la Caune de l’Arago, dirigé par Christian Perrenoud, est rattaché à l’Établissement Public de Coopération Culturelle Centre Européen de Recherches Préhistoriques de Tautavel (EPCC CERP) comptant plusieurs partenaires dont le Muséum national d’Histoire naturelle, le CNRS (UMR 7194) et l’Université de Perpignan Via Domitia. 

Arago 149 - Tautavel - dent agée de 550.000 ans - La Caune de l'Arago

Arago 149 - Tautavel - dent agée de 550.000 ans - La Caune de l'Arago


Source : Communiqué du Musée de Préhistoire de Tautavel
www.450000ans.com